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Baptiste Marchand et Michaël Hubert – 1/?

Retrouvez la première partie de l’interview de Baptiste Marchand et de Michaël Hubert, les cofondateurs de la webradio Nihon no Oto !

Chez Rakuen-Music, nous avons constaté que beaucoup d’amateurs de musique japonaise avaient une vision assez arrêtée concernant le développement et la promotion de cette scène en France : des pros du milieu trop frileux, les mêmes artistes qui reviennent, etc. Mais qu’en est-il réellement ?

Nous avons décidé de demander nous-mêmes aux divers acteurs qui participent au développement de la scène musicale nippone chez nous (médias, organisateurs de concerts, labels, etc) afin de comprendre comment ils sont venus à travailler dans ce milieu mais de comprendre également l’envers du décor. Pour cette première interview, séparée en plusieurs parties, nous sommes allés interviewer deux des membres fondateurs de la webradio Nihon no Oto : Baptiste Marchand (Nihon no Oto General Manager, fondateur de Wazer et d’Another Live) et Michaël Hubert alias Komanaki (développeur web, animateur).

 

Interview effectuée au mois de septembre 2016 au Kawaii Café.

Rakuen-Music : Bonjour à vous deux, pourriez-vous vous présenter et présenter votre parcours dans le milieu de la J-Music (comment êtes-vous tombés dans la marmite) ?

Baptiste Marchand : Bonjour ! Je m’appelle Baptiste et j’ai 25 ans. Mon parcours est assez atypique en ce qui concerne la pop-culture asiatique. Je ne m’y étais jamais intéressé : je regardais des séries mais pas de mangas ni d’animation japonaise.

Et puis, il y a 8-10 ans, un soir par hasard, je suis tombé sur un clip d’un groupe sur Youtube, qui a radicalement changé mon futur : il s’agit de m.o.v.e. Ça a été un déclic, j’en suis tombé amoureux. J’ai pleuré quand j’ai appris qu’ils se séparaient. Surtout que j’avais des empêchements les fois où ils s’étaient produits en Europe. Donc je m’étais dit, la prochaine fois, ce sera la bonne et là, ils se séparent.

Donc c’est m.o.v.e qui m’a envoyé vers Initial D, qui est donc devenu le premier anime que j’ai regardé alors que pour une majorité de personnes, c’est plutôt le chemin inverse.

À partir de là, j’ai commencé à m’intéresser à la pop-culture nippone et surtout à la musique avec les différents genres qui existent. Je ne suivais pas vraiment ce qui sortait en France à ce moment-là, Youtube était mon référent et j’achetais les CDs. C’est quand je me suis lancé dans les projets liés à la musique japonaise que j’ai commencé à m’y intéresser.

Michaël Hubert : Bonjour ! Moi, c’est Michaël, bientôt 22 ans. Mon premier contact avec la culture japonaise s’est fait avec mon premier anime qui était Naruto. Je regardais d’autres animes à la TV mais c’est grâce à Naruto que je me suis intéressé à la musique japonaise, je me disais « Tiens, les génériques sont pas mal ! » et je voulais en savoir plus. Un parcours assez classique ! Et puis, il y a eu la chaîne Nolife où j’ai découvert Perfume, ça été le coup de foudre également.

 

Comment s’est monté le projet Nihon no Oto ?

B-M : Comme ce qui m’intéressait ne sortait pas en France, j’avais décidé de lancer quelque chose avec un groupe d’amis. J’ai rencontré quelqu’un qui avait un projet de webradio assez vague mais qu’il souhaitait développer avec d’autres personnes. J’ai rencontré Michaël par ce biais-là qui était le n°2 dans le projet et moi, le n°3. Et c’était il y a 5 ans.

J’avais scellé l’accord avec le n°1 de l’époque lors de la convention Epitanime, le 15 août 2011. C’était un peu chaotique : il était en France et moi, en vacances aux États-Unis donc au niveau des fuseaux horaires, ce n’était pas génial. Quelques semaines avant, nous avions aussi couvert l’édition 2011 de Japan Expo. À l’époque, il était facile d’obtenir des accréditations sans avoir de média ou parce qu’on avait créé un média. On travaillait également en collaboration avec un autre site, on faisait les interviews ensemble.

Encore maintenant, j’essaie toujours de faire des projets en collaboration avec d’autres médias (web-TV, sites, magazines papier) afin que ce que nous proposons passe sur différents supports et touche un public assez large. Ce sont donc les débuts de Nihon no Oto et les débuts de tout me concernant !

M.H. : Pour ma part, les débuts de Nihon no Oto correspondaient à mes débuts sur Twitter, je suivais quelques personnes qui partageaient les mêmes passions que moi (jeux vidéos, musique japonaise, etc.) dont l’ex n°1 qui annonçait qu’il aimerait lancer un projet de webradio. Il avait notamment besoin d’un site web. Avec les quelques connaissances que j’avais, j’avais décidé de m’en occuper et nous avons pris un serveur dédié. Nous nous étions renseignés sur la manière de diffuser une webradio et donc avant le jour J, nous avions lancé quelques tests avec des playlists et le 15 août, c’était parti ! Ça fait déjà 5 ans !

 

Comment se sont déroulées les premières années de Nihon no Oto ?

B.M & M.H : À nos débuts, nous nous étions posés comme défi de ne diffuser que des titres dont nous possédions les CDs. Nous nous motivions à acheter les CDs comme par exemple à Book-Off (qui a fermé il y a bientôt 2 ans). Dès que je voyais une pochette qui me plaisait, j’achetais le CD et j’ai découvert des artistes de cette manière.

Nous avions le souci d’être crédibles auprès des ayant-droits japonais qui nous demandaient comment étaient reversés les droits de diffusion (c’était Radionomy, notre plateforme de diffusion à l’époque qui s’en chargeait).  Certains managers d’artistes que nous avions interviewés nous demandaient de ne pas diffuser de chansons de leurs poulains, choix que nous respections.

Nous nous efforçons dans la web-radio de diffuser des genres assez variés et de faire découvrir des artistes pas très connus : de l’eurobeat, du jazz, du hip-hop. On prépare aussi une case pour diffuser de l’enka. Nous avions à nos débuts une émission sur le rock et une autre sur les Idols mais nous trouvions que cela faisait très générique pour un média J-Music.

B.M : Lors du premier anniversaire, j’ai connu du changement d’un point de vue personnel. Habitant dans le sud de la France, je venais de m’installer sur Paris. Nous avons décidé d’abandonner Radionomy qui limitait nos pistes audio à 15mn. Par exemple, nos émissions devaient être coupées en tranches de 15mn. Et puis comme nous souhaitions que les chansons que nous diffusions soient transmises aux ayant-droits, nous faisions le choix de bien séparer dans les émissions, les séquences où nous parlions et les musiques. La plate-forme manquait de fiabilité : quelquefois, il y avait un décalage entre notre grille et ce qui était vraiment diffusé, des bouts d’émissions qui sautaient.

M.H : Et puis, il y avait la publicité qui se mettait des fois en plein milieu de l’émission quand quelqu’un parlait parce que pour Radionomy, c’est comme si c’était un nouveau titre qui se lançait donc il introduit une pub.

B.M. : Après avoir abandonné Radionomy, nous cherchions un autre moyen de diffusion pour notre webradio. Pendant un mois, je la faisais tourner sur Winamp, je créais les playlists à la main. C’était marrant mais nous n’avions pas pu fêter notre premier anniversaire en direct. Nous l’avions tourné la veille et je l’avais monté le matin même de la diffusion. Pour ce premier anniversaire, nous avions demandé à nos auditeurs quels étaient les 5 titres qu’ils souhaitaient voir diffuser et nous avions obtenu une soixantaine de réponses, c’était énorme !

Évidemment, nous ne pouvions pas tout diffuser (ayant-droits tout ça) mais nous avons pu anticiper pour quelques titres en achetant les CDs ou en demandant à des potes. Le problème, c’est que nous avions eu la « mauvaise idée » de faire un petit speech de remerciement/présentation des titres pour chacune des personnes qui ont répondu à notre sondage. L’émission avait commencé à 20h et a terminé à 5h45.

Pendant l’anniversaire, nous avons pu rencontrer la personne qui nous a fait découvrir ce qui est désormais notre régie actuelle de diffusion. Il s’agit d’une solution opensource utilisée par énormément de radios professionnelles, webradios et radios FM. Depuis, nous n’avons jamais rencontré de gros soucis de diffusion.

 

Qui gère la webradio ?

B.M. : Il faut savoir que jusqu’à tout récemment, Nihon no Oto était une association. Maintenant, deux sociétés gèrent la webradio : Wazer et Drop’d (se prononce Dropdii). Wazer est une société que je viens de monter et qui s’occupe de la production des émissions, de gérer l’antenne, les réseaux sociaux, le site, des reportages qu’on produit quelquefois avec des externes (sites partenaires ou freelance).

Drop’d est une société basée à Hong-Kong qui se charge de la diffusion de la webradio. Nous avions besoin d’un partenaire présent en Asie et qui nous représente là-bas. Grâce à Drop’d, Nihon no Oto est maintenant diffusée à Hong-Kong. Nous sommes la seule webradio à avoir un bureau en Asie, ce qui facilite les déplacements pour le Japon (2h d’avion).

 

Après 5 ans, quel bilan faîtes-vous concernant Nihon no Oto ?

M.H. : C’est souvent lors des anniversaires que nous faisons le point sur ce qu’on a réussi à faire et sur les nouvelles choses que nous souhaitons mettre en place. Il y a par exemple l’année où on a commencé à faire des directs, des nocturnes à Epitanime : 3 jours de direct, que c’était éprouvant !

C’est au fil du temps, avec les nouvelles rencontres, la participation à des conventions que de nouvelles idées nous parvenaient comme par exemple le système NnO Live : avec un site dédié, un auditeur pouvait participer à l’émission en direct. Quand nous étions en convention, nous faisions en sorte que les personnes étant chez eux et celles étant sur scène participent et aient accès en même temps au même contenu.

B.M. : Si on m’avait dit, il y a 5 ans, que Nihon no Oto existerait toujours, qu’il y aurait eu une vingtaine de personnes autour (présentes ou ayant quitté la radio) et que pour certains, ce serait une débouchée professionnelle, je n’y aurais pas cru. Des gens sont venus, certains sont partis mais la plupart sont restés, même s’ils travaillent juste de temps en temps avec nous.

Nous sommes avant tout une vraie bande de potes, une famille qui veut juste s’amuser en parlant de notre passion, même si nous avons maintenant un statut d’entreprise (parce qu’il faut être un minimum sérieux). Nous ne retenons personne, nous n’obligeons personne. Nous avons toujours besoin de personnes. Même si vous pensez ne rien connaître de la radio, ce n’est pas grave, on vous montera comment monter une émission, faire du cadrage, animer.

Je finirais juste une anecdote. C’était lors de la diffusion du concert de HATSUNE Miku au Mega CGR de Torcy (août 2013). La personne à côté de moi a juste chauffé la salle comme jamais.

M.H. : Nous y avions un stand où l’on exposait des objets en rapport avec HATSUNE Miku vu que nous étions partenaires de l’évènement et l’on y vendait des glowsticks.

B.M. : Le cinéma avait envie de mettre un peu d’ambiance. Michaël, qui à la base est notre développeur web, avait juste envie de faire un peu d’animation. Il y avait 100-120 personnes qui n’étaient pas venus que de Paris -il devait y avoir 2-3 étrangers- et qui gueulaient comme s’ils assistaient à un vrai concert. Les personnes en France qui étaient chargées de faire l’intermédiaire pour la vente du film étaient restés sur le cul en voyant le public. Les gens s’en fichaient d’assister à un concert retransmis : tu avais Miku qui demandait « Comment ça va ? » et le public du cinéma qui répondait. C’était super, j’ai pris une grosse claque ! À la fin, on est tous allé manger ensemble alors que personne ne se connaissait.

Pour moi, Nihon no Oto, c’est ça : faire découvrir nos passions à nos auditeurs et également à nous-mêmes.

 

Quelles sont les émissions phares de Nihon no Oto actuellement ?

B.M. : Nous diffusons des émissions produites en externe : Podcast48, MangaCast, Shmup’Em All sont les trois émissions encore diffusées. On en a eu d’autres comme RadiOmake, le podcast Yatta, OrdiRetro, So Pixel, le Podcast de Joli Bateau qui nous a quand même bien propulsés. Il y a les émissions où on a la primeur de la diffusion comme Idol News Network. Nous avons des émissions « Rencontre Avec … » où on diffuse des interviews, ces émissions reprendront à la rentrée qui a du être malheureusement décalée (lors du 5ème anniversaire de la radio fêté le 15 août dernier, le serveur de diffusion a planté).

De nouvelles émissions sont prévues : une émission de review augmentée d’albums sortis au Japon produite par deux des associés principaux de Drop’D à Hong-Kong qui sont également musiciens et compositeurs ; on aura Monthly Manga Podcast présenté par Moustachu et Barbichu qui est consacrée à l’analyse de manga et on aura le Podcast du Collectionneur qui est le replay d’une émission produite en streaming live avec des mecs de JVC notamment. On va essayer de mettre en place une émission NNO Report dans laquelle toutes les deux semaines, une partie de l’équipe se retrouvera pour revenir sur les derniers évènements, les derniers concerts, diffuser des interviews.

Et on va développer de nouveaux concepts. Les 5 ans, c’est le renouveau !

 

Retrouvez-nous la semaine prochaine pour la suite de l’interview !

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Publié le Catégories InterviewÉtiquettes ,
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